REFLEXION SUR LA PRISE EN CHARGE
 DES ELEVES EN DIFFICULTE

La nouvelle organisation du temps scolaire à l’école primaire oblige l’ensemble des communautés éducatives à un changement d’organisation et de culture : le temps de travail se dissocie de plus en plus du temps devant élèves et les enseignants vont être de plus en plus souvent amenés à intervenir auprès d’élèves qui n’appartiennent pas à leur groupe classe.

Lors des nombreuses concertations qui ont été organisées dans les équipes, la discussion a naturellement porté sur l’organisation de la journée et de la semaine scolaire, mais aussi sur une question d’une importance pédagogique capitale : comment les élèves en difficulté devront-ils être répartis entre les différents enseignants ? Autrement dit : les enseignants doivent-ils nécessairement intervenir auprès de leur propres élèves ?

De nombreux arguments montrent qu’il est préférable de faire éclater les groupes classe pour l’organisation du soutien :

Des arguments liés à l’organisation :
-  Il n’y a pas le même nombre d’élèves en difficulté dans chaque classe.
-  Tous les élèves en difficulté de chaque classe n’ont pas les mêmes besoins.
-  Les enseignants de maternelle doivent pourvoir participer au soutien, mais ce n’est qu’exceptionnellement qu’un élève de maternelle peut avoir besoin de soutien.

Des arguments d’ordre pédagogique :
-  Pour que le soutien soit efficace, il ne faut pas se contenter de refaire le soir en petit groupe ce qui a déjà été fait en classe : il faut adopter la pédagogie du détour, autrement dit, enseigner autrement. Changer d’enseignant est donc bénéfique, puisqu’une autre personne est plus susceptible de présenter les choses de manière différente.
-  Faire éclater les groupes classe permet de regrouper les élèves du même cycle ayant besoin de travailler sur les mêmes compétences.
-  Chaque enseignant peut avoir – ou souhaiter développer – des compétences spécifiques dans l’approche d’une difficulté particulière.
- Il est toujours intéressant de croiser les regards sur les élèves en difficulté.
-  Prendre en charge d’autres élèves que les siens oblige à travailler de manière plus rigoureuse et à échanger en équipe. Du temps est prévu dans les 108 heures pour effectuer ce travail d’échange et de préparation.
- Lorsque l’on prend en charge d’autres élèves que les siens, l’on n’est pas tenté de céder à la tentation - bien compréhensible et souvent pleine de bonnes intentions - d’utiliser le temps de soutien pour rattraper le travail qui n’a pas été terminé en classe, faire refaire un exercice, faire de l’aide aux devoirs…

Des arguments d’ordre psychologique :
- Quelque soit le soin que l’on apporte à faire en sorte que les élèves en difficulté ne soient pas stigmatisés, il n’en demeure pas moins que l’on va leur proposer « du travail en plus ». Rester dans la même classe avec le même enseignant peut, dans certains cas, avoir un petit côté « retenue après la classe »…
- Changer de lieu et de personne peut être une source de motivation : travailler avec la maîtresse des grands, être avec ma maîtresse chérie de maternelle, découvrir la classe de mon frère… autant de petits détails qui peuvent tout changer.

Faut-il pour autant exclure définitivement l’intervention des enseignants auprès de leurs propres élèves ? Ne pourrait-on pas trouver également des arguments en faveur d’un tel dispositif ? En fait, il y en a un, et il n’est pas négligeable : avoir le temps de « voir fonctionner » ses élèves en difficulté peut permettre à un enseignant de mieux comprendre l’origine de leurs difficultés et donc de différencier son enseignement en conséquence. Certes, cet argument ne « fait pas le poids » face à tous ceux qui ont été présentés ci-dessus, et il ne justifie pas la prise en charge des élèves en difficulté par leurs propres enseignants tout au long de l’année. Il peut cependant être intéressant d’inventer un dispositif permettant aux enseignants de prendre en charge leurs propres élèves de manière ponctuelle.

Dans les écoles qui disposent d’un enseignant spécialisé (maître E), il n’est pas nécessaire d’inventer un tel dispositif. En effet, si un enseignant désire « voir fonctionner » ses élèves en difficulté, il peut faire appel au maître E qui, à l’occasion de l’une de ses interventions, prendra en charge le groupe classe pendant que l’enseignant travaillera avec les élèves en difficulté. Les maîtres E sont formés à ce type d’intervention et sont donc des personnes ressource précieuses pour les équipes dans de tels cas.

Pour conclure, il faut rappeler qu’aucun dispositif ne peut être adopté de manière définitive et que l’année scolaire 2008-2009 sera une année réservée à l’expérimentation de dispositifs qui devront être évalués et réajustés.

 

Sophie Mathas
Animatrice-Formatrice du premier degré.